AFAPREDESA

COMMUNIQUÉ À L’OCCASION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DES VICTIMES DE DISPARITIONS FORCÉES

Chahid El Hafed, le 30 août 2026

Aujourd’hui, 30 août, Journée internationale des victimes de disparitions forcées, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies, nous élevons notre voix en mémoire de toutes les personnes disparues dans le monde et, en particulier, des victimes sahraouies du Sahara occidental.

Le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation, conformément au droit international et aux résolutions des Nations Unies. L’Espagne, en tant que puissance administrative, conserve une responsabilité juridique pour n’avoir pas achevé le processus de décolonisation conformément à l’article 73 de la Charte des Nations Unies et pour avoir abandonné le territoire par les Accords de Madrid de 1975, qui n’ont pas transféré la souveraineté. Le Maroc, en tant que puissance occupante de la majeure partie du territoire depuis octobre 1975, exerce un contrôle de facto qui s’est accompagné de graves violations des droits humains.

Sous l’administration espagnole, des disparitions forcées et des actes de répression ont déjà été enregistrés, notamment l’arrestation et la disparition en 1970 de Mohamed Sidi Brahim Basiri (connu sous le nom de Mohamed Basiri), figure fondatrice du mouvement de libération sahraoui. Après le retrait espagnol et l’invasion, les disparitions forcées sont devenues une pratique systématique de la part des forces marocaines. Divers rapports documentent des centaines de cas — plus de 4 500 selon les estimations de l’Association des familles de prisonniers et disparus sahraouis (AFAPREDESA) — dont 445 restent non élucidés. Parmi les victimes figurent des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées. Des exhumations menées par des équipes médico-légales indépendantes ont localisé des fosses communes contenant les restes de Sahraouis exécutés en février 1976, dont certains portaient encore des documents d’identité espagnols, ce qui souligne la double dimension de la responsabilité hispano-marocaine.

Les disparitions forcées au Sahara occidental ne constituent pas de simples crimes isolés, mais s’inscrivent dans un contexte plus large de destruction, de persécution et d’anéantissement de l’identité collective du peuple sahraoui. Pour cette raison, nous affirmons avec force que les disparitions forcées, dans ce cadre, font partie intégrante du crime de génocide, ainsi que cela a été reconnu comme vérité juridique dans l’arrêt n° 1/2015, du 9 avril 2015, rendue par le magistrat de l’Audience nationale espagnole, Pablo Ruz, dans le cadre de la compétence de la juridiction espagnole pour enquêter sur les crimes contre l’humanité et le génocide commis au Sahara occidental, et en considérant les disparitions forcées comme l’un des modes d’exécution de cette politique criminelle systématique contre la population sahraouie.

Cette ordonnance constitue un jalon juridique d’une importance incontournable qui renforce l’obligation de l’Espagne d’enquêter et de déterminer les responsabilités.

Les familles des disparus continuent de réclamer vérité, justice et réparation. Ni l’Espagne, en sa qualité de puissance administrative et en raison de la citoyenneté espagnole que de nombreux Sahraouis détenaient au moment des faits, ni le Maroc, en tant que puissance occupante, n’ont pleinement rempli leur obligation d’enquêter, d’élucider le sort des victimes, d’identifier les restes, de restituer les corps aux familles et de juger les responsables. L’impunité perpétue la souffrance et viole le droit international humanitaire et des droits de l’homme.

En cette Journée internationale :

Nous exigeons de l’Espagne qu’elle assume sa responsabilité historique et juridique, y compris celle découlant de l’ordonnance n° 1/2015 ; qu’elle inclue les victimes sahraouies dans les mécanismes de mémoire démocratique ; qu’elle facilite l’accès à la vérité et à la réparation ; qu’elle apporte toute la coopération judiciaire requise ; et qu’elle contribue activement à la résolution du conflit conformément au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

Nous exigeons du Maroc qu’il cesse toute pratique de disparition forcée, de détention arbitraire et de répression dans les territoires occupés ; qu’il coopère pleinement avec les mécanismes des Nations Unies ; qu’il autorise des enquêtes indépendantes ; qu’il fournisse des informations complètes sur le sort de tous les disparus ; et qu’il comparaisse devant la juridiction internationale pour les crimes de génocide et les crimes contre l’humanité commis.

Nous appelons la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU et les mécanismes des droits de l’homme à intensifier la pression pour l’élucidation de tous les cas, la fin de l’impunité et la tenue d’un référendum d’autodétermination libre et équitable, conformément aux résolutions de l’ONU et au plan de règlement de 1991.

La disparition forcée n’est pas seulement un crime du passé : c’est une plaie ouverte qui exige vérité et justice. Tant qu’il existera un seul Sahraoui disparu dont le sort est inconnu, la mémoire et la dignité du peuple sahraoui resteront une dette impayée de l’Espagne, du Maroc et de la communauté internationale.

Vérité, justice et réparation pour les victimes sahraouies de disparitions forcées !