Chahid El Hafed, le 25 janvier 2026
L’Association des Familles de Prisonniers et Disparus Sahraouis (AFAPREDESA) condamne avec la plus grande fermeté la mesure de rétorsion prise par les autorités d’occupation marocaines contre la famille du défenseur des droits humains sahraoui Brika Bahi (32 ans). Depuis mars 2025, les autorités ont suspendu l‘allocation sociale de sa mère, ayant explicitement conditionné son rétablissement au renoncement de Brika Bahi à son activisme pacifique ou à expulsion de la maison de sa mère. Cette pratique constitue un chantage économique caractérisé et une punition collective, formes de répression expressément interdites par le droit international humanitaire et les conventions relatives aux droits humains.
Depuis de nombreuses années, Brika Bahi s’engage et recense les violations des droits humains, en particulier celles liées à la discrimination envers les Sahraouis et à la confiscation de leurs terres. Un exemple marquant est celui du terrain familial de sa grand-mère, dont l’armée marocaine s’est emparée, bien qu’il appartienne à la famille depuis des générations.
Ses témoignages, largement diffusés sur les réseaux sociaux, ont entraîné à son encontre une répression systématique.
Le 28 février 2025, alors qu’il préparait la célébration de la naissance de son fils, Brika Bahi a été enlevé à El Aaiún par des agents des forces de sécurité. Conduit hors de la ville, il a été victime de torture et de mauvais traitements graves : déshabillage forcé, menottes serrées, postures stressantes, coups répétés, menaces de mort et attouchements humiliants visant à le briser psychologiquement en raison de ses opinions.
La persécution de la famille Bahi n’est pas un incident isolé, mais illustre un schéma méthodique de répression au Sahara Occidental occupé :
- Punition collective et chantage familial : La suspension de la pension, assortie de pressions directes pour expulser Brika Bahi du domicile familial ou le pousser à l’exil, s’inscrit dans une stratégie délibérée d’élargissement de la répression aux proches des militants.
- Torture et impunité : Les sévices infligés à Brika Bahi s’ajoutent à de nombreuses autres affaires documentées. Malgré des identifications précises des agents responsables, l’impunité reste totale, encourageant la répétition des violations.
- Criminalisation de la liberté d’expression : En conditionnant le rétablissement de la pension à l’abandon de l’activisme, les autorités confirment leur objectif : museler toute voix plaidant pacifiquement pour l’autodétermination sahraouie, en s’appuyant sur des dispositions répressives.
La mère de Brika Bahi, employée depuis 1988, dépend entièrement de ce revenu. Le responsable de l’autorité d’occupation, à El Aaiún, Abdeslam Beikkerat, lui a déclaré sans ambiguïté: « Que ton fils renonce à lutter pour la cause du peuple sahraoui, ou tu ne récupéreras jamais ton salaire»
Voir entretien de Brika Bahi avec le journaliste Héctor Bujari Santorum, le 23/01/2026 :
https://nuevarevolucion.es/marruecos-corta-el-salario-a-la-madre-de-brika-bahi-como-represalia
Face à cette escalade, l’AFAPREDESA demande instamment :
- Au Secrétaire général des Nations Unies et au Conseil de sécurité : exiger le rétablissement immédiat et inconditionnel de la pension de la mère de Brika Bahi ; étendre sans délai le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) pour inclure une composante robuste de surveillance des droits humains.
- Au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) : diligenter une enquête indépendante sur ce cas de chantage et sur le système discriminatoire à l’égard des sahraouis, avec accès immédiat et sans entrave au territoire, bloqué depuis 2015.
- À l’Union européenne, aux États-Unis et aux partenaires du Maroc : condamner publiquement ces pratiques et assurer la pleine jouissance des sahraouis de tous leurs droits humains, y compris le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
- Aux organisations internationales de défense des droits humains : se saisir urgemment du dossier, documenter ces violations et maintenir une pression publique soutenue.
L’AFAPREDESA réaffirme que la répression, la torture et le chantage économique ne feront jamais plier la détermination du peuple sahraoui à exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et l’indépendance.