AFAPREDESA

AFAPREDESA rend hommage à Tomás Bárbulo et revendique son héritage devant la Commission de la Vérité d

Chahid El Hafed / El Aaiún occupé

L’AFAPREDESA rend hommage à la mémoire du journaliste et écrivain espagnol Tomás Bárbulo, décédé à Madrid le 15 juillet 2026, pour sa précieuse et irremplaçable contribution à la destruction du mur de l’oubli et de la loi du silence qui, durant des décennies, a entouré les crimes perpétrés au Sahara occidental pendant la période coloniale espagnole.

Avec son ouvrage « L’histoire interdite du Sahara espagnol » (2002), Tomás Bárbulo a mis en lumière, avec un rigueur journalistique et documentaire, l’un des cas les plus emblématiques de la lutte du peuple sahraoui : celui du dirigeant Mohamed Sidi Brahim Basiri (Basiri), fondateur du premier mouvement nationaliste sahraoui (Mouvement d’Avant-garde pour la Libération du Sahara). Bárbulo a reconstitué, à partir d’archives militaires et civiles espagnoles et de témoignages fiables, les circonstances de son arrestation après les événements de Zemla en juin 1970, et a indiqué des pistes concrètes sur sa probable exécution et son enterrement dans les dunes proches de la plage d’El Aaiún, le 29 juillet 1970. Ses apports constituent encore aujourd’hui une référence incontournable pour comprendre comment la possibilité d’une décolonisation pacifique a été compromise et comment la graine de la méfiance envers l’Espagne a été semée parmi le peuple sahraoui.

 

Selon le récit du livrelivre « L’histoire interdite du Sahara espagnol » 

(chapitre « A la recherche Basiri ») :

En 1970, un mouvement nationaliste modéré a éclaté et les problèmes ont commencé. Malgré ses messages conciliateurs, les autorités ont refusé de négocier. Elles l’ont réprimé par des tirs, ont emprisonné ses dirigeants et son leader, Basiri, a disparu sous le sable du désert. L’Espagne a ainsi perdu l’opportunité de superviser un nouvel État au Maghreb. La lune entamait son dernier quartier dans le ciel d’El Aaiún le 29 juillet 1970. L’horloge du commandant Asensi, aide de camp du gouverneur Pérez de Lema, récemment nommé délégué provincial de la Sécurité, indiquait 4 h 30 du matin lorsqu’il se présenta avec deux Land Rover à capote en toile à la porte de la caserne d’Artillerie. À bord des véhicules se trouvait une patrouille de légionnaires du Tercio Juan de Austria, sous les ordres d’un capitaine et d’un brigadier rattachés au Quartier Général. De la cellule, située à l’entrée même du régiment, à côté de la guérite de la sentinelle, ils ont fait sortir un homme de petite taille. La capuche de la djellaba cachait son visage barbu. Il tenait un sac en plastique à la main et n’était pas menotté.

  • Basiri a été arrêté dans la nuit du 18 juin 1970 (après les événements de Zemla) par une patrouille de la Police Territoriale/légionnaires.
  • Le 29 juillet 1970, il aurait été extrait de la cellule d’El Aaiún (actuelle Prison noire) et emmené en Land Rover sur la route de la plage, jusqu’à des dunes bordant l’Atlantique. Là, il aurait été contraint d’avancer sous les phares des véhicules, et ce fut la dernière fois qu’on le vit vivant. Bárbulo indique que son corps serait enterré sous ces dunes.

Bárbulo fonde cette reconstitution sur:

  • Des documents d’archives (dont beaucoup présentent des lacunes suspectes ou sont falsifiés, comme le dossier du prisonnier 7492).
  • Des témoignages indirects de témoins oculaires (recueillis par l’intermédiaire du préfet apostolique Mgr Félix Erviti, sous le sceau de la confession de vieux militaires).
  • L’absence de traces officielles crédibles concernant son expulsion ou sa destination ultérieure.

Cette version contredit la version officielle espagnole de l’époque (qui affirmait qu’il avait été expulsé vers le Maroc ou à la frontière) et d’autres théories (comme une exécution immédiate par le Maroc).

Le travail infatigable de Tomás Bárbulo a contribué à maintenir vivante la mémoire de Basiri, le plus ancien symbole de la lutte sahraouie pour l’autodétermination, et a mis en évidence les contradictions et les silences des versions officielles espagnoles. Aujourd’hui, son héritage est un phare pour toutes les générations qui exigent vérité, justice et réparation.

Nous regrettons profondément que les initiatives parlementaires présentées au Congrès des Députés pour élucider le sort de Basiri et restaurer sa mémoire n’aient pas abouti. En particulier, la Proposition non de Loi sur la récupération de la mémoire de l’activiste sahraoui Basiri (2012) et d’autres initiatives ultérieures, portées principalement par des forces de gauche comme Izquierda Unida et, plus tard, EH Bildu, entre autres, ont été bloquées ou dénaturées faute de soutien des deux principaux partis nationaux (PP et PSOE). Ce refus reflète, une fois de plus, la priorité accordée au maintien du silence plutôt qu’au devoir de vérité et de justice envers les victimes sahraouies de la dictature franquiste.

Ces échecs parlementaires, ainsi que la précieuse documentation et les pistes apportées par Tomás Bárbulo, doivent constituer des éléments centraux à examiner par la Commission de la Vérité présidée par le juge Baltasar Garzón. L’affaire Basiri n’est pas un fait isolé : elle s’inscrit dans les violations des droits de l’homme commises sous le franquisme au Sahara occidental, territoire que l’Espagne avait l’obligation internationale de décoloniser.

L’AFAPREDESA réitère son exigence au gouvernement espagnol de :

  • Ouvrir toutes les archives militaires et civiles relatives à la disparition de Basiri et d’autres détenus-disparus sahraouis.
  • Collaborer activement avec la Commission de la Vérité pour faire la lumière sur ces crimes.
  • Reconnaître la responsabilité de l’État espagnol dans la disparition de Basiri et progresser dans des mesures de vérité, de justice et de réparation pour toutes les victimes sahraouies.

La mémoire de Basiri et le travail de Tomás Bárbulo ne tomberont pas dans l’oubli. Leur exemple nous pousse à continuer d’exiger vérité et justice jusqu’au bout.

Vérité, Justice et Mémoire !