Dans le cadre de la commémoration de la Journée du Disparu Sahraoui, l’Association des Familles de Prisonniers et Disparus Sahraouis (AFAPREDESA) a organisé une cérémonie officielle solennelle le 18 juin 2026 dans ses locaux à la Wilaya Chahid El Hafed, afin d’honorer la mémoire des disparus et de renforcer la lutte pour les droits des victimes à la vérité, à la justice, à la réparation et aux garanties de non-répétition. L’événement a réuni une représentation institutionnelle et sociale de premier plan, conduite par M. Mohamed Mami Tamek, Ministre des Territoires Occupés et de la Diaspora, ainsi qu’avec la participation de familles de disparus des territoires occupés, de membres du Mécanisme National de Coordination en matière de Droits de l’Homme, du survivant d’exécutions sommaires Abba Ali Said Daf, et de nombreux militants et défenseurs des droits de l’homme.
Au cours de la journée, un hommage a été rendu à Sidi Mohamed Basiri, premier disparu sahraoui, dont la disparition a eu lieu le 18 juin 1970, sous l’exclusive responsabilité de l’État espagnol. De même, une attention particulière a été accordée aux cas de disparition forcée non encore élucidés, de la période franquiste et post-franquiste jusqu’aux cas les plus récents, parmi lesquels celui de Lehbib Ahmed Hmiti (connu sous le nom de Lehbib Aghrichi), disparu depuis le 7 février 2022 à Dakhla, et le « Groupe des 15 », composé de jeunes enlevés le 25 décembre 2005.
Hommage aux familles et particulièrement aux mères et épouses
Dans un moment empreint d’émotion, un hommage spécial a été rendu aux familles des disparus, avec une reconnaissance particulière aux épouses et mères sahraouies. Elles ont porté pendant des décennies le poids insoutenable de l’angoisse et de l’incertitude, maintenant vivante la flamme de l’espoir et de la dignité malgré la douleur constante de ne pas savoir où se trouvent leurs proches. Les participants leur ont exprimé leur plus profond respect et gratitude, et les ont appelées à poursuivre leur combat avec détermination jusqu’à retrouver les disparus, vivants ou morts, et obtenir la vérité et la justice qu’elles méritent.
Interventions marquantes :
- Le témoignage d’Abba Ali Said Daf, qui a relaté son expérience et dénoncé les exécutions survenues à Amgala les 12 et 13 février 1976, alors que l’Espagne ne s’était pas encore retirée du territoire.
- L’intervention de Djimmy El Ghalia, défenseure des droits de l’homme, ancienne disparue et fille de la disparue Fatimetu Baad. Elle a présenté les avancées du dossier des disparus sahraouis, fruit des efforts coordonnés entre les organisations sahraouies, en particulier l’Association des Victimes de Violations Graves des Droits de l’Homme perpétrées par l’État Marocain et l’AFAPREDESA. Elle a souligné que les deux organisations ont documenté plus de 400 cas transmis au Groupe de Travail des Nations Unies sur les Disparitions Forcées ou Involontaires. En collaboration avec l’Institut Hegoa de l’Université du Pays Basque, le travail de recherche intitulé « Oasis de la Mémoire : Mémoire Historique et Violations des Droits de l’Homme au Sahara Occidental » a été réalisé sous la supervision du Professeur Carlos Martin Berinstain. Ces actions de dénonciation ont contraint le Royaume du Maroc à reconnaître, en décembre 2010, que 68% des cas de disparitions forcées survenus entre 1956 et 1999 au Maroc et au Sahara Occidental concernaient des Sahraouis, dont 14 enfants.
- La déclaration de Mme Enhbouha Boutenkiza, au nom du Comité des Mères du Groupe des 15. Elle a hautement salué les efforts du comité, mais a déploré que le Royaume du Maroc continue de taire le sort des 15 jeunes enlevés le 25 décembre 2005. L’affaire reste ouverte devant le Groupe de Travail de l’ONU sur les Disparitions Forcées. Elle a réaffirmé que les mères ne cesseront leur lutte tant qu’elles n’auront pas connu la vérité et obtenu justice.
- L’intervention de Fanana Ahmed Hmiti (Aghrichi), au nom de la famille du disparu Lehbib Ahmed Hmiti. Elle a relaté les faits dramatiques du 7 février 2022 à Dakhla : la dernière fois que Lehbib Ahmed Hmiti a été vu entrant devant le commerce de Mr. YA, la découverte de son véhicule abandonné ainsi que l’arrestation de Mr. YA et sa libération ultérieure suspecte, et la découverte de son cadavre nu sur la plage présentant des signes évidents de torture. Elle a dénoncé les contradictions de la version officielle marocaine et l’absence totale de preuves officielles. L’affaire a été portée devant le Comité des Nations Unies contre les Disparitions Forcées sous le numéro AU 1537/2022, qui a exigé de l’État marocain des mesures urgentes de recherche et d’enquête.
Par ailleurs, les participants ont hautement apprécié les découvertes des deux premières fosses communes de Fadret Leguia (Amgala, région de Smara), où ont été exhumés les restes de huit personnes sahraouies — dont deux adolescents — exécutés le 12 février 1976 par l’armée marocaine. Ces faits se sont produits alors que l’Espagne exerçait encore son rôle de puissance administratoire du territoire. Les travaux d’exhumation, d’identification anthropologique et médico-légale et d’analyse génétique ont été réalisés par une équipe de l’Université du Pays Basque et de la Société des Sciences Aranzadi, sous la supervision du Professeur Francisco Etxeberria Gabilondo. En ce qui concerne les disparitions forcées, il existe 15 sites potentiels de fosses communes, dont la plupart ne peuvent faire l’objet d’exhumations car ils se trouvent sous le contrôle du Royaume du Maroc.
Responsabilité de l’Espagne
Les participants ont rappelé l’Arrêt 40/2014 de l’Audience Nationale, présidée par le magistrat Fernando Grande-Marlaska, qui affirme que l’Espagne reste la puissance administratoire du Sahara Occidental et, à ce titre, a l’obligation de protéger les citoyens sahraouis contre tout abus, étendant même sa juridiction territoriale pour garantir cette protection, conformément aux articles 73 et 74 de la Charte des Nations Unies. De même, ils ont souligné l’Arrêt 1/2015 du juge Pablo Ruz, qui a inculpé onze hauts responsables militaires et civils marocains pour des crimes de génocide en concours avec détention illégale, tortures, assassinats et disparitions forcées commis contre la population sahraouie, reconnaissant ainsi la nature systématique et grave des violations.
Responsabilité de l’Espagne et Commission de la Vérité :
Les participants ont réitéré la responsabilité historique et juridique de l’Espagne en tant qu’ancienne Puissance Administratrice du Sahara Occidental, en vertu de l’article 73 de la Charte des Nations Unies. Ils ont exigé du gouvernement espagnol qu’il assume pleinement ses obligations, intensifie la pression politique et judiciaire sur le Maroc, et facilite la réalisation d’enquêtes indépendantes, ainsi que l’accès du Comité International de la Croix-Rouge aux fosses communes.
Ils ont également salué la création de la Commission de la Vérité présidée par le juge Baltasar Garzón, la considérant comme une étape fondamentale pour l’élucidation des disparitions forcées et autres violations graves des droits de l’homme au Sahara Occidental. Ils ont instamment demandé au gouvernement espagnol de soutenir ses travaux et de renforcer la coopération avec cette commission pour progresser vers la restauration authentique de la Vérité pour toutes les victimes, sans discrimination ni exception.
Les participants ont renouvelé leur exigence de clarifier immédiatement le sort de tous les disparus sahraouis, ainsi que de garantir l’accès à la justice, la reddition des comptes et la fin de l’impunité. Ils ont souligné que les disparitions forcées constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité qui ne prescrivent pas. Dans ce contexte, ils ont lancé un appel énergique aux familles des disparus pour qu’elles reprennent avec une force renouvelée les actions de dénonciation et de mobilisation, s’unissent dans un réseau de solidarité active et expriment leur soutien indéfectible à toutes les victimes et leurs proches. Ce n’est que par l’unité et la persévérance que l’on pourra maintenir vivante la pression nécessaire pour arracher la vérité à ceux qui la cachent.
De même, les participants ont lancé un appel pressant à la communauté internationale pour qu’elle assume pleinement sa responsabilité historique et juridique, et agisse avec fermeté pour que tant l’Espagne que le Royaume du Maroc dévoilent, sans délai ni excuse, toute la vérité sur les cas de disparus sahraouis. Ils ont exigé que les organismes internationaux, les Nations Unies et la société civile mondiale redoublent d’efforts pour faire cesser l’impunité et le silence complice, et pour que la justice devienne enfin une réalité pour toutes les victimes.
La mémoire et la justice ne sont pas une option, mais une exigence pour toutes les victimes et pour l’humanité tout entière.