Monsieur Mohamed Hnini Ruh Bani, plus connu sous le nom de Mohamed Bani, est né en 1969 à El Aaiún, capitale du Sahara Occidental occupé. Marié et père de cinq enfants, il menait une vie familiale ordinaire dans cette ville marquée par un conflit prolongé et un climat de répression. Il comptait parmi les rares Sahraouis à avoir obtenu un emploi stable, malgré les discriminations systématiques.
Sa vie a basculé brutalement le 8 novembre 2010. Dans le contexte du démantèlement violent du camp de protestation pacifique de Gdeim Izik, il a été arrêté par les forces marocaines. Il a ensuite été torturé et maintenu en détention secrète dans les locaux de la gendarmerie royale, avant d’être transféré à Rabat pour être poursuivi devant un tribunal militaire — juridiction jugée incompétente et illégale au regard du droit international.

Condamné initialement à la réclusion à perpétuité par un tribunal militaire en février 2013, sa peine a été confirmée en appel par la Cour d’appel de Rabat (puis de Salé) le 19 juillet 2017, à l’issue d’un second procès, cette fois civil.
Des organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International ont qualifié ces procès d’inéquitables, reposant principalement sur des aveux obtenus sous la torture – en violation de l’article 15 de la Convention contre la torture.
Il est actuellement détenu à la prison d’Aït Melloul 2 (près d’Agadir, Maroc), à plus de 750 km du Sahara occidental occupé et de sa famille, ce qui constitue une violation de l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève interdisant le transfert forcé de personnes protégées depuis un territoire occupé.
Depuis plus de quinze ans, Mohamed Bani endure une détention arbitraire dans les prisons marocaines, loin de sa famille qui souffre de son absence et des restrictions imposées. Son cas symbolise la persistance de l’injustice subie par les militants sahraouis défenseurs du droit à l’autodétermination de leur peuple.
Le camp de protestation pacifique de Gdeim Izik (octobre-novembre 2010), symbole de résistance sahraouie contre la discrimination et l’occupation, a réuni plus de 20 000 personnes. Son démantèlement violent par les forces marocaines le 8 novembre 2010 a entraîné des affrontements, l’arrestation de centaines de personnes et le décès de plusieurs sahraouis.

Baby Hamadi Buyema (ou El Boukhari Ahmed Barik Buyema, également connu sous le nom de Babi Hamadi Bouyema) — Jeune homme possédant la nationalité espagnole. Selon les autorités marocaines, il est mort le 8 novembre 2010, lors du démantèlement violent du camp de Gdeim Izik, après avoir été renversé par un véhicule des forces de sécurité. Il a été enterré sans le consentement de sa famille.
Des membres de sa famille, soutenus par la Ligue espagnole des droits de l’homme, ont porté plainte auprès des tribunaux espagnols. Cela a contribué à l’ouverture d’une enquête à l’Audience National, aboutissant notamment à l’historique sentence n° 40/2014 (daté du 4 juillet 2014) du juge Fernando Grande-Marlaska, qui a affirmé la responsabilité persistante de l’Espagne en tant que puissance administrante du Sahara occidental et ouvert la voie à des poursuites pour génocide.
Najem El Garhi ould Feydel Souidi — Enfant sahraoui (âgé d’environ 14 ans). Il a été abattu par balle par l’armée marocaine le 24 octobre 2010 lorsqu’il rentrai au campement pour rejoindre sa maman et lui apporter des vivres. Son cas symbolise la violence contre les civils, y compris les mineurs.
La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et son organisation membre l’Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH) font part de leur vive préoccupation suite à la mort d’un jeune homme tué par les forces de l’ordre lundi 25 octobre près de Lâayoune au Sahara occidental.
Mohamed Hnini Ruh Bani n’a pas participé directement au campement, mais y a rendu visite à des membres de sa famille le 7 novembre 2010. Empêché de quitter les lieux lors du siège militaire, il a été arrêté lors de l’assaut et accusé d’avoir renversé un officier. Il a subi tortures et mauvais traitements répétés, privations de soins médicaux, harcèlement de sa famille et isolements prolongés. En 2024 encore, des rapports font état de négligence médicale délibérée (refus d’examens osseux et articulaires malgré des dossiers médicaux existants) et de discrimination raciale à l’encontre des prisonniers sahraouis du groupe à Aït Melloul 2. Il a participé à plusieurs grèves de la faim pour protester contre ces conditions inhumaines. Soutien unique d’une famille de six personnes, il laisse derrière lui son épouse, Ghali Aajna, qui témoigne de la souffrance endurée : visites rares et brèves (parfois limitées à cinq minutes après des trajets de plus de 750 km), privations de soins et de récréation.
En octobre 2023, le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies (Opinion A/HRC/WGAD/2023/23) a déclaré sa détention (et celle du groupe Gdeim Izik) illégale, exigeant une libération immédiate, une indemnisation et des poursuites contre les responsables. En septembre 2025, le Comité contre la torture de l’ONU a condamné spécifiquement le cas de Mohamed Bani pour torture, mauvais traitements et utilisation d’aveux forcés, réclamant à nouveau sa libération immédiate. Malgré ces décisions onusiennes contraignantes, sa détention se poursuit en 2026, constituant un défi au droit international.

https://docs.un.org/fr/A/HRC/WGAD/2023/23
Nous appelons instamment les Nations Unies, le Comité international de la Croix-Rouge, Human Rights Watch, Amnesty International et l’ensemble de la communauté internationale à intensifier les pressions pour :
- Garantir un accès immédiat aux soins médicaux adaptés ;
- Obtenir sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle des autres prisonniers du groupe Gdeim Izik ;
- Mettre fin à l’impunité en enquêtant sur les actes de torture et en respectant les obligations internationales du Maroc, y compris la traduction des responsables devant la justice et le respect du droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination.
La détention prolongée de Mohamed Hnini Ruh Bani et de ses compagnons symbolise une injustice dans un territoire sous occupation, qualifié déjà en 1979 de persistante par l’Assemblée Générale de l’ONU (Voir résolution 34/37 du 14 décembre 1979).
