Wilaya Chahid El Hafed, 29 septembre 2026
L’Association des Familles de Prisonniers et de Disparus Sahraouis (AFAPREDESA) a adressé une lettre officielle à Mme Mirjana Spoljaric Egger, Présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), sollicitant son intervention immédiate pour que le CICR puisse visiter les prisonniers politiques sahraouis qui observent une grève de la faim dans les prisons marocaines.
Dans cette missive, AFAPREDESA reconnaît le rôle humanitaire indispensable du CICR dans le monde et souligne que cette noble mission doit également bénéficier aux victimes sahraouies. L’association rappelle les décisions et opinions des mécanismes des Nations Unies — en particulier celles du Groupe de travail sur la détention arbitraire et du Comité contre la torture — qui ont qualifié d’arbitraire la détention de nombreux prisonniers politiques sahraouis, dont ceux du groupe de Gdeim Izik, et ont exigé leur libération immédiate, ainsi que la cessation des traitements inhumains et dégradants auxquels ils sont soumis.
La lettre met en évidence la grave situation actuelle : la privation systématique du droit à la santé et l’interdiction des visites familiales. À titre d’exemple paradigmatique, elle mentionne le cas de Claude Mangin, épouse du prisonnier politique Naama Asfari, à qui les autorités marocaines ont interdit à plusieurs reprises l’accès au territoire et, par conséquent, la privant ainsi de son droit de rendre visite à son mari.

AFAPREDESA rappelle également que la dernière visite du CICR à des prisonniers politiques sahraouis a eu lieu en 1996, lorsqu’il a pu accéder au groupe de six jeunes hommes (également connu sous le nom de groupe de Keltoum El Ounat), condamnés à 20 ans de prison et incarcérés dans la caserne militaire de Ben Sergaou, près d’Agadir. Depuis lors, trois décennies se sont écoulées et le CICR n’a pas pu exercer son mandat de protection en faveur des détenus sahraouis.
L’association lance un appel pour que la mission humanitaire du CICR s’étende aux civils détenus arbitrairement, aux centaines de cas de disparus forcés dont le sort reste sans clarification et aux victimes actuelles des bombardements de drones dans les zones libérées de la République arabe sahraouie démocratique.
Le texte intégral de la lettre est reproduit ci-dessous :
Association des Familles de Prisonniers et de Disparus Sahraouis (AFAPREDESA)
Wilaya Chahid El Hafed, 29 septembre 2026
Mme Mirjana Spoljaric Egger
Présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)
19 Avenue de la Paix
1202 Genève, Suisse
Objet : Demande urgente d’intervention du CICR pour visiter les prisonniers politiques sahraouis en grève de la faim
Chère Madame la Présidente,
Nous nous adressons à vous au nom de l’Association des Familles de Prisonniers et de Disparus Sahraouis (AFAPREDESA) pour exprimer, tout d’abord, notre profonde reconnaissance et notre admiration pour le rôle humanitaire indispensable que le Comité international de la Croix-Rouge joue dans le monde. Depuis sa fondation, le CICR a été un phare de protection, de neutralité et d’indépendance au service des victimes des conflits armés et de la violence, veillant au respect du droit international humanitaire et allégeant les souffrances des civils et des détenus dans les circonstances les plus difficiles. Son action a sauvé d’innombrables vies et a restauré la dignité de milliers de personnes privées de liberté.
C’est précisément cette noble mission qui nous pousse à nous adresser à vous avec la plus extrême urgence. Nous sollicitons l’intervention immédiate du CICR pour visiter les prisonniers politiques sahraouis qui observent actuellement une grève de la faim dans les prisons marocaines, en protestation contre les graves violations de leurs droits les plus élémentaires.
Nous vous rappelons les décisions et opinions émises par les mécanismes des Nations Unies, en particulier celles du Groupe de travail sur la détention arbitraire et du Comité contre la torture, qui ont qualifié d’arbitraire la détention de nombreux prisonniers politiques sahraouis — dont ceux du groupe de Gdeim Izik — et ont exigé leur libération immédiate, ainsi que la cessation des traitements inhumains et dégradants auxquels ils sont soumis.
La situation actuelle est particulièrement alarmante. Ces détenus subissent la privation systématique de leurs droits fondamentaux, notamment le droit à la santé et le droit aux visites familiales. Un exemple paradigmatique est le cas de Claude Mangin, épouse du prisonnier politique Naama Asfari, à qui les autorités marocaines ont interdit à plusieurs reprises l’accès au territoire et, par conséquent, le droit de rendre visite à son mari, en violation manifeste du droit à la vie privée et familiale.
Nous vous rappelons également que la dernière fois que le CICR a pu visiter des prisonniers politiques sahraouis remonte à 1996, lorsqu’il a eu accès au groupe de six jeunes hommes (également connu sous le nom de groupe de Keltoum El Ounat), condamnés à 20 ans de prison et incarcérés dans la caserne militaire de Ben Sergaou, près d’Agadir, dans le sud du Maroc. Depuis lors, trois décennies se sont écoulées et le CICR n’a pas pu exercer son mandat de protection en faveur des détenus sahraouis.
La mission humanitaire du CICR, reconnue et respectée dans le monde entier, doit également bénéficier aux victimes sahraouies. En particulier aux civils détenus arbitrairement, aux centaines de cas de disparus forcés dont le sort reste sans clarification, et aux victimes actuelles des bombardements de drones dans les zones libérées de la République arabe sahraouie démocratique.
Pour toutes ces raisons, nous vous demandons respectueusement que le CICR exerce dans les plus brefs délais son mandat humanitaire, sollicite et obtienne un accès immédiat aux prisonniers politiques sahraouis en grève de la faim, vérifie leurs conditions de détention et de santé, et agisse pour mettre fin aux violations qu’ils subissent.
Nous restons à votre entière disposition pour fournir toute information supplémentaire que vous jugerez nécessaire et nous confions que le CICR, fidèle à ses principes fondateurs, répondra à cet appel humanitaire.
En vous remerciant par avance de votre attention et de votre engagement en faveur de la protection de toutes les victimes, sans distinction, je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de ma haute considération.
Abdeslam Omar Lahsen
Président d’AFAPREDESA
| AFAPREDESA réitère son appel à la communauté internationale et aux organisations humanitaires pour qu’elles agissent d’urgence en défense des droits des prisonniers politiques sahraouis et de toutes les victimes du peuple sahraoui. |
ANNEXE : Liste des grévistes de la faim
Liste des 9 prisonniers politiques sahraouis (groupe de Gdeim Izik) en grève de la faim indéfinie depuis le 23 septembre 2026.
Les condamnations correspondent à celles prononcées par le tribunal militaire permanent de Rabat en 2013 et confirmées par la Cour d’appel de Salé le 19 juillet 2017 (confirmées ultérieurement par la Cour de cassation en 2020), en violation des Conventions de Genève.
Prison d’Aït Melloul 2
- Mohamed Bani, condamné à la réclusion à perpétuité.
Prison de Tiflet 2
- Sidi Abdellahi Abbahah, condamné à la réclusion à perpétuité.
- Mohamed Lamine Haddi, condamné à 25 ans.
- Bachir Khadda, condamné à 20 ans. Transfert arbitraire signalé (d’abord vers Agadir, puis vers El Aaiún occupé, selon des sources familiales, mais elles restent dans l’impossibilité de lui rendre visite).
Prison centrale de Kenitra (Kénitra)
- Mohamed El Bachir Boutinguiza, condamné à la réclusion à perpétuité.
- Ahmed Sbai, condamné à la réclusion à perpétuité.
- Naâma Asfari, condamné à 30 ans. Époux de Claude Mangin, à qui les visites sont systématiquement refusées.
- El Houssein Zaoui, condamné à 25 ans.
- Hassan Dah, condamné à 25 ans.
Notes :
- Toutes les détentions ont été qualifiées d’arbitraires par des mécanismes de l’ONU (Décision 23/2023 du Groupe de travail sur la détention arbitraire et Comité contre la torture).
- Ils sont incarcérés depuis plus de 15 ans.
- Ils exigent le respect des décisions de l’ONU, le regroupement, le transfert vers des prisons du Sahara Occidental proches de leurs familles et la fin des privations de soins de santé, des isolations et des restrictions de visites.
Lien officiel de l’Opinion 23/2023 du Groupe de travail sur la détention arbitraire (GTDA)
A/HRC/WGAD/2023/23 – Opinion n° 23/2023 concernant Sidi Abdallah Abbahah, Mohamed El Bachir Boutangiza, Mohamed Bani et autres (groupe de Gdeim Izik / Maroc).
Dans cette opinion, le Groupe de travail conclut que la détention des 18 prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeim Izik est arbitraire (catégories I et III) et recommande leur libération immédiate.
Page officielle de la Bibliothèque numérique des Nations Unies (avec des versions dans toutes les langues officielles) : https://digitallibrary.un.org/record/4036936
Liens directs vers les PDF :
- Espagnol : https://digitallibrary.un.org/record/4036936/files/A_HRC_WGAD_2023_23-ES.pdf
- Anglais : https://digitallibrary.un.org/record/4036936/files/A_HRC_WGAD_2023_23-EN.pdf
- Français : https://digitallibrary.un.org/record/4036936/files/A_HRC_WGAD_2023_23-FR.pdf
- Arabe : https://digitallibrary.un.org/record/4036936/files/A_HRC_WGAD_2023_23-AR.pdf
Accès alternatif (Documents.un.org) :
- Espagnol : https://documents.un.org/api/symbol/access?s=A/HRC/WGAD/2023/23&l=es&t=pdf
- Anglais : https://documents.un.org/api/symbol/access?s=A/HRC/WGAD/2023/23&l=en&t=pdf
Page de liste du HCDH (96e session) :
https://www.ohchr.org/en/special-procedures/wg-arbitrary-detention/opinions-adopted-working-group-arbitrary-detention/opinions-adopted-working-group-arbitrary-detention-its-96th-session